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Les bouquinistes par Hélène Tirole
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Invitée d’honneur du goûter du 12 novembre,
Hélène Tirole nous a présenté son Quais des livres...*,
ouvrage sur les bouquinistes, bouquinistes qu’elle a
réussi à installer pendant plusieurs années au Québec,
sur les rives du Saint-Laurent. Voici un extrait de sa
conférence.
Une tradition de plus de 450 ans
Les bouquinistes sont un rouage essentiel dans l’histoire de la lecture
francophone depuis le XVI
e siècle : des colporteurs,
« commerçants à la boutique
portable », parcourent les rives de la Seine, portant leur boîte munie de lanières
qu’ils enfilent autour du cou. Ils vendent à la criée almanachs en vogue,
chansonnettes coquines, pamphlets, livres de l’interdit imprimés à l’étranger
qu’ils se procurent lors d’arrivages par bateaux sur la Seine...
Censuré, souvent expulsé, pourchassé, qualifié de «
distributeur de paroles pas
toujours bonnes », de «
receleur de livres qui ne font pas rire tout le monde », l’ancêtre
du bouquiniste résiste...
Lorsque la boîte devient trop lourde, il la pose sur le parapet des quais pour
se reposer.
Des siècles plus tard, on lui permet de « stationner » sur les quais du lever
au coucher du soleil. Le mot
bouquiniste apparaît pour la première fois dans
le
Dictionnaire universel de commerce de Jacques Savary en 1723. Il sera par la
suite immortalisé par l’Académie française. Le « colporteur sujet du roi »
devient « citoyen bouquiniste » en 1791.
Un siècle plus tard, de lourdes boîtes, recouvertes de zinc, seront fixées de
jour comme de nuit à la pierre des parapets de la Seine, pour toujours... Leur
gabarit augmente puisqu’elles n’ont plus besoin d’être transportées matin et
soir. Elles sont maintenant ancrées aux parapets de la Seine, boulonnées de chaque côté... Le nouveau métier est né officiellement. 200 bouquinistes
longeront les bords de Seine lors de l’exposition universelle de 1900. Les quais
de Paris sont ainsi transformés en un phénomène historique de foisonnement
de livres en plein air, unique au monde.
Si les bouquinistes ont résisté à plusieurs siècles d’épreuves en tous genres,
c’est bien parce qu’ils ont quelque chose d’inestimable à transmettre : un
patrimoine de livres « éternels », des moments cruciaux reliés à l’histoire de
Paris, des souvenirs, des valeurs universelles, souvent originales, la possibilité
d’une lecture buissonnière...
«
J’ai commencé à m’intéresser aux bouquinistes à un âge très tendre, 14 ans, quand
j’étais au lycée Janson-de-Sailly. Je me souviens du premier livre que j’ai acheté. Ce
sont les Mémoires de Beaumarchais que j’ai eus pour 1 franc... », déclarait Jean
Dutourd de l’Académie française, président d’honneur de l’Association des
bouquinistes de Paris, président de DLF pendant vingt ans.
Les bouquinistes reflètent autant les témoins de leur temps que les témoins de
l’histoire et du monde dont ils insufflent l’esprit, au coeur des monuments de
Paris, des flots, des arbres, et des reliures de cuir qui embaument dans la brise...
* Quais des livres. Les bouquinistes des quais de Paris, un destin, une histoire... des bords de Seine
au Saint-Laurent (Éditions Unicité, 2024, préface de Jean Pruvost, 156 p., 18 €).
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De nationalités française et canadienne, Hélène Tirole s’installe au
Québec de 1974 à 2008.
Elle sera chargée de cours à l’université de Montréal puis de Sherbrooke,
recherchiste et scénariste pour des documentaires télévisés, chroniqueuse
radiophonique et créatrice d’évènements culturels.
À l’occasion du 350e anniversaire de Montréal, elle crée Les Bouquinistes
du Saint-Laurent, inspirés des Bouquinistes des bords de Seine, dont elle
mène les destinées durant dix-sept ans.
De retour à Paris en 2008, elle est chargée par la Ville de Paris d’une
mission d’étude et de diagnostic de la situation des bouquinistes, et elle
fonde l’association Le Mot dans tous ses Arts dont elle anime des
rencontres littéraires à bord de la péniche La Balle-au-bond, par devant
les Bouquinistes.
Titulaire d’une maîtrise de droit, Hélène Tirole est médaillée de
l’Assemblée nationale du Québec et chevalier des Arts et des Lettres
(France).
OEuvres : Lire autrement. Un art de lire plus vite et mieux (2018),
L’impertinence du mot [avec Jean-Pierre Léonidas] (2018)
Quais des livres... (voir ci-dessus).
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