Défense de la langue française   
Diplome : le master
Lettre de Jean-Jacques Aillagon (Ministre de la culture)
à Monsieur Luc Ferry (Ministre de la jeunesse, de l'éducation et de la recherche).
          Monsieur le Ministre,

          Mon attention a été appelée sur une décision prise par votre prédécesseur, qui ne paraît pas conforme au rôle exemplaire que l'État doit jouer dans la promotion de l'emploi de la langue française. En effet, un décret du 8 avril 2002, dont vous trouverez ci-joint copie, a créé un nouveau grade et diplôme universitaire, le master, correspondant à cinq années d'études supérieures après le baccalauréat. Votre prédécesseur a estimé que cette dénomination était unanimement reconnue et employée dans les universités européennes.

          Ce choix d'un mot emprunté à l'anglais me paraît regrettable pour plusieurs raisons. Il fournit une image de l'Université française peu soucieuse de l'emploi de la langue de la République et de la diversité linguistique européenne. Il apporte aux pays qui ont le français en partage un signe négatif sur la volonté de la France de promouvoir sa langue. Il introduit enfin une incohérence et une discontinuité dans la nomenclature des grades de l'enseignement supérieur - baccalauréat, licence, maîtrise, doctorat - qui possèdent tous une appellation française.

          Les ressources du vocabulaire français auraient pu être mises à profit et auraient mérité, je pense, d'être examinées avant la publication de ce décret. L'Académie française et la Commission générale de terminologie ont indiqué leur préférence pour le mot magistère, qui désigne un diplôme particulier propre aux universités. Le terme mastère aurait également pu être retenu, dans la mesure où, phonétiquement semblable à l'emprunt master, il n'aurait pas porté préjudice à la compréhension par la communauté universitaire internationale du nouveau grade français.

          Je serais particulièrement heureux de connaître votre sentiment sur ce dossier, qui montre l'intérêt qu'il y aurait à créer, au sein de vos services, une commission de terminologie spécialisée et à désigner un haut fonctionnaire de terminologie. La mise en place de ce dispositif, dont un grand nombre de ministères sont dotés, aiderait à exprimer dans notre langue les concepts et les réalités nouvelles propres au domaine de l'éducation.

          Au sein du ministère de la culture et de la communication, la délégation générale à la langue française et aux langues de France, dirigée par Monsieur Bernard Cerquiglini est naturellement prête à aider vos services pour tout ce qui touche à ces questions.           Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l'expression de ma considération très distinguée.
Jean-Luc AILLAGON
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