Défense de la langue française   
Enseignement de l'anglais en Suisse
SCANDALE
21-10-2000

      Le mot n'est pas trop fort pour qualifier la décision du gouvernement zurichois de faire passer, dès 2003, l'enseignement précoce de l'anglais avant celui du français dans les écoles publiques du canton. Il faut dénoncer - comme l'ont du reste fait le Conseil fédéral et nombre de parlementaires - cette attitude cavalière pour plusieurs raisons.
      Tout d'abord, les autorités zurichoises n'ont pas attendu la réunion de la Conférence des directeurs cantonaux de l'instruction publique, fixée au 2 novembre, qui doit précisément approuver des recommandations en matière d'enseignement des langues étrangères.
      Cette décision risque de s'étendre à d'autres cantons alémaniques, portant ainsi un coup très grave à la cohésion nationale. Les cantons romands, qui privilégient l'allemand comme première langue étrangère, pourront se demander s'ils ne doivent pas suivre le mauvais exemple de Zurich. Et que dire des Tessinois ? Que deviendra alors la Suisse, pays plurilingue, membre de l'Organisation internationale de la francophonie, si la communication intercommunautaire doit se faire en anglais ? D'ores et déjà, des universitaires de Berne, de Zurich et de Fribourg, réunis en colloque dans la ville fédérale en janvier, ont examiné l'opportunité d'introduire l'anglais comme lingua franca en Suisse. Avons-nous suffisamment conscience de ce danger ?
      On peut enfin se poser une question d'ordre constitutionnel. La décision zurichoise, dictée par des considérations purement économiques, est-elle en harmonie avec l'article 70 de la Constitution fédérale du 18 avril 1999, stipulant notamment que « la Confédération et les cantons encouragent la compréhension et les échanges entre les communautés linguistiques » ? Au demeurant, l'initiative parlementaire d'un député neuchâtelois, cosignée par soixante-cinq de ses collègues et déposée au Conseil national le 21 juin, vise à compléter cet article 70 par une disposition ainsi conçue : « Les cantons veillent à ce que la deuxième langue enseignée, après la langue officielle du canton ou de la région, soit une des langues officielles de la Confédération ». Le Conseil fédéral devra dire si ce texte est compatible avec l'autonomie cantonale en la matière.
      Certes, l'étude de l'anglais est une nécessité à l'heure actuelle, mais elle ne saurait prendre le pas sur celle des langues officielles, vecteurs de trois grandes cultures européennes. Souhaitons, en conclusion, que la Conférence des directeurs cantonaux de l'instruction publique le rappelle fermement à ceux qui n'ont d'yeux que pour la mondialisation, au détriment de la diversité culturelle.
Étienne Bourgnon
Ancien ambassadeur de Suisse
Correspondant de l'association Défense de la langue française (Paris)
et de la Bibliothèque francophone multimédia (Limoges)
Retour haut de page Retour sommaire
• Siège administratif : 222, avenue de Versailles 75016 Paris •