Défense de la langue française   
Le Figaro
du 13/08/2008

Par Christian Philip, représentant personnel du président de la République -française pour la francophonie.
Médiatrice


La Constitution consacre enfin la francophonie

La révision constitutionnelle votée par le Congrès le 21 juillet, c'est d'abord des droits nouveaux reconnus au Parlement. C'est aussi et cela a été malheureusement passé sous silence par la plupart des commentateurs la consécration de la francophonie. Le titre XIV s'intitule désormais « De la francophonie… », et l'article 87 stipule : « La République participe au développement de la solidarité et de la coopération entre les États et les peuples ayant le français en partage. »

Quoi de plus normal ? La Constitution reconnaît depuis longtemps l'appartenance de la France à l'Union européenne. Mettre en parallèle notre engagement en francophonie témoigne de cette double ouverture sur laquelle notre pays doit s'appuyer pour exprimer son identité.

Merci au Sénat, et d'abord à Jacques Legendre, secrétaire général de l'Assemblée parlementaire de la francophonie, pour avoir repris devant la Haute Assemblée le flambeau francophone. Cette consécration illustre la volonté du président Sarkozy, affirmée avec force le 20 mars, lors de la Journée internationale de la francophonie, que cette dernière soit une « priorité de notre diplomatie ».

À la veille du prochain Sommet francophone de Québec, le 17 octobre, la France ne pouvait mieux indiquer combien nous croyons en cette communauté qui nous réunit à près de 70 autres États (un tiers des pays membres de l'ONU) et notre souhait, comme l'a dit le président de la République, d'une francophonie « vivante et populaire ».

La francophonie, c'est plus que la défense du français. La francophonie, c'est un combat pour la diversité culturelle, laquelle implique la diversité linguistique. La francophonie, comme les autres aires géoculturelles et linguistiques, est un instrument de maîtrise de la mondialisation caractérisant ce début du XXIe siècle. La francophonie, c'est reconnaître que, derrière chaque langue, chaque culture, il y a une manière propre de concevoir le monde. La mondialisation doit se définir autour de la synthèse de ces différences et non pas autour d'un modèle unique et dominant. La francophonie défend aussi des valeurs, celles de la démocratie et des droits de l'homme. Elle est un espace de coopération et de solidarité, malgré des moyens limités.

Reste, en France, à convaincre nos élites que la francophonie est, non pas un combat « ringard », un relent de notre passé, mais un élément de la modernité. Puisse cette révision constitutionnelle les conduire à modifier des attitudes souvent inacceptables par le refus d'utiliser le français.

Disons-le clairement, le XXIe siècle sera plurilingue même si une forme d'anglais doit rester un véhicule standard de communication internationale. Pour s'en convaincre, regardons du côté de la Chine, qui aura installé plus de mille instituts Confucius d'ici à 2010 dans lesquels il sera possible d'apprendre le chinois. Que la France ne soit pas à contre-courant et ne considère pas la défense du français comme inutile.

La France doit devenir un champion en Europe du plurilinguisme. Puisse cette révision constitutionnelle nous convaincre que défendre la francophonie est un devoir, une chance et un atout pour notre pays.
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