Défense de la langue française   
Le français, atout économique


La langue française, si l’on en croit certains esprits forts, n’a plus sa place dans le monde international des affaires. Elle serait devenue un outil obsolète, une sorte de langue morte, tout juste parlée encore par les esprits nostalgiques épris de culture, de musées, de peintures, bref de ce qui ne compte plus guère dans la dure réalité de la compétition mondiale. Car, pour s’éveiller aux espérances de la mondialisation, seul le globish, né de l’union abâtardie de la langue de Shakespeare et des idiomes texans, serait le sésame pour faire des affaires et pénétrer l’ensemble des marchés émergents.

Cette analyse est réductrice. La croyance qu’un seul véhicule linguistique permet de se faire comprendre dans le vaste monde est non seulement illusoire mais elle est aussi suicidaire pour les entreprises françaises qui, ce faisant, négligent leurs intérêts à long terme.

Imposer l’utilisation du globish dans la vie des entreprises en France, c’est, de surcroît, créer des tensions sociales totalement inutiles et déstabilisatrices, pour ne pas dire aliénantes, pour la très grande majorité des salariés. Il est symptomatique de relever que les syndicats se saisissent de ce thème de bataille et, à ce titre, ils ont fondamentalement raison de réagir.

Pour la première fois, en février dernier, sous la conduite du syndicat CFTC, s’est tenue à l’Assemblée nationale une réunion avec les associations de défense de la langue française et de la francophonie, des chefs d’entreprises afin de dénoncer ces dérives et de défendre mordicus la place de la langue française au sein des entreprises.

Cette réunion à l’Assemblée Nationale n’est pas fortuite puisque de nombreux parlementaires interviennent régulièrement pour défendre notre langue, inscrite à l’article 2 de la Constitution comme la langue de la République et objet de la loi Toubon du 4 Août 1994 qui précise son utilisation dans la vie publique.

Celles et ceux qui, jouant les apprentis sorciers, méprisent notre langue et imposent le globish au sein même des entreprises françaises devraient y regarder à deux fois car cette démarche est de nature à provoquer des révoltes.Les hommes peuvent se battre pour un bout de terrain ou un bout de territoire, mais ils se battent avant toute chose, comme le prouvent de multiples exemples à travers le monde, pour leur langue qui est l’incarnation même de leur identité.

Il n’est, en effet, pas tolérable qu’une grande entreprise française annonce à ses salariés le décès accidentel de l’un de leurs collègues de travail en anglais, qu’une autre les informe de la délocalisation de son site en anglais, que les outils de travail, les messageries, les logiciels, les réunions - alors même que 98% des participants sont des francophones- fassent prévaloir la langue anglaise.

Non seulement l’utilisation d’une langue étrangère peut entraîner des fautes et des erreurs au détriment de la sécurité des salariés – on se souvient du cas dramatique d’Epinal, mais elle constitue dans la plupart des cas un handicap qui diminue la productivité des entreprises.

Ces entreprises qui abandonnent la langue française jouent en réalité à terme directement contre leurs intérêts en privant d’un avantage concurrentiel indubitable.

C’est une technique vieille comme le monde des puissances ou économies dominantes que d’amener leurs adversaires et concurrents à jouer sur leur terrain. En utilisant systématiquement la langue de leur concurrent, nos entreprises perdent un avantage fantastique, celui de la maîtrise des concepts et de la pensée. Malheureusement, c’est un piège que nombre de nos concitoyens n’évitent pas, par naïveté ou par vanité.

En effet, « le combat de la langue va bien au-delà de la langue » rappelle le secrétaire de l’OIF Abou Diouf. Le français est un moyen formidable d’influence, un atout majeur à travers la francophonie pour gagner à nos idées, notre mode de penser, à notre économie, des peuples qui trouvent dans notre culture les moyens et les espoirs pour accéder au monde moderne et à des conceptions humanistes nouvelles tout en résistant à l’envahissement de la pensée unique globalisée.

Se priver de ce moyen, c’est, à terme, se priver d’une influence et de nombreux relais. Toutes les entreprises françaises bénéficient encore aujourd’hui de ces correspondants formés dans nos universités, parlant notre langue, adoptant notre culture. Que resterait-il de ces atouts si, aujourd'hui, les nouveaux « idiots utiles » de l’influence américaine notamment, oublient leur langue et leur culture ?

La réponse est simple : les jeunes étudiants étrangers se tourneront naturellement vers les universités anglaises, américaines, en dépit de la Paris School of Economics (sic !). Pourquoi devraient-ils faire l’effort d’apprendre notre langue puisque les Français eux-mêmes y renoncent ? Ils choisiront l’original de l’enseignement en langue anglaise plutôt que sa vile et honteuse copie.

Rarement des esprits qui se targuent de modernité auront-ils agi avec une telle désinvolture à l’encontre de leurs intérêts. De surcroît une connaissance moins superficielle du marché linguistique permettrait à ceux-là mêmes qui prétendent être à la manœuvre sur la scène internationale de se rendre compte qu’ils font le choix, en réalité, d’une langue en déclin. En 1990, l’Internet parlait exclusivement en anglais, aujourd’hui il ne représente que 35% des échanges, - ce qui demeure important mais n’est plus prépondérant.

Surtout, l’anglais n’est pas le véhicule le plus apprécié pour pénétrer les marchés chinois ou japonais, ni ceux de l’Amérique latine et du Sud. Il est, certes, utile de parler l’anglais, mais il est indispensable de maîtriser d’autres langues dont le français. C’est d’ailleurs ce que certaines de nos entreprises comme Total, Renault ou PSA ont bien compris, en réorientant radicalement leur action linguistique.

Une nouvelle fois, nos élites économiques apprendront à leur détriment que leurs certitudes sont bien éloignées de la réalité. On ne joue pas contre son identité pour faire valoir ses intérêts sur la scène internationale.

Jacques Myard
Député
Président du CNR
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