Défense de la langue française   
Métinge « La langue française en colère »

À l'initiative du député Jacques Myard, et en collaboration avec les principales associations de défense de la langue française, un métinge s'est tenu le 23 février 2000 à l'Assemblée nationale pour dire la colère des Français qui ne supportent plus que notre langue soit bannie dans notre propre pays, dans nos institutions, dans nos entreprises et dans la vie de tous les jours.
Devant une salle de 350 personnes, divers orateurs se sont succédé :
Marc Bonnaud, administrateur d'Avenir de la langue française
Thierry Priestley, président de Droit de comprendre
Marceau Déchamps, vice-président de Défense de la langue française
Philippe de Saint-Robert, président de l'ASSELAF
Dominique Noguez, écrivain
Jean-Pierre Lang, président de l'Union nationale des auteurs compositeurs
Jacques Blache, président délégué de Musique France Plus
Georges Flecheux, ancien bâtonnier de Paris
Jean Hodebourg, fédération CGT Métallurgie
Jean-Paul Terrenoire, syndicat national des chercheurs scientifiques - FSU
Bernard Dorin, ambassadeur de France, président d'ALF

Paul-Marie Coûteaux
, député au Parlement européen
Bruno Bourg-Broc, député de la Marne
Georges Hage, député du Nord
Jacques Legendre, sénateur du Nord
Georges Sarre, député de Paris
Pierre-André Wiltzer, député de l'Essonne, vice-président de l'Assemblée nationale
Jacques Myard, député des Yvelines
À l'occasion de ce métinge, un manifeste a été publié


Manifeste de la langue française en colère
Les raisons de la colère

Un spectre hante le monde : le spectre de la langue unique. Toutes les puissances du vieux monde se sont unies en une Sainte Alliance atlantique pour imposer ce spectre. Ces puissances ont une apparence : un quarteron de commissaires et de dirigeants. Elles ont une réalité : un groupe de technocrates, partisans, ambitieux et fanatiques. Ce groupe et ce quarteron possèdent un savoir-faire sophistiqué et des moyens illimités. Mais ils ne voient et ne comprennent la nation et le monde que déformés à travers leur frénésie. Leur entreprise conduit tout droit à un désastre national.

Dans les institutions européennes déjà, si le Marché commun parlait français, l'avènement de l'Acte unique précipita l'acharnement à le remplacer par l'anglais, langue unique ; d'abord avec un secrétaire général anglais en 1987, qui ne ménagea pas ses efforts, jusqu'au coup de grâce récent avec l'anglophonie totale imposée par messieurs Prodi et Kinnock. Mais ce totalitarisme ne manque pas hélas de collaborateurs, qui n'ont de français que le nom.

Ainsi, voici un chef d'entreprise, haut fonctionnaire parachuté, qui impose l'anglais à Billancourt dans ses conseils de direction, voilà le représentant de la France à la banque de Francfort qui parle anglais au Parlement européen, dont la présidente française tolère complaisamment qu'on n'y propose que des textes anglais.

Voilà aussi un ministre qui prétend que l'anglais n'est plus une langue étrangère chez nous et qui demande aux scientifiques français de répondre en anglais aux appels d'offres de son ministère. Voilà encore des patrons qui fusionnent avec leurs homologues allemands dans des structures où l'on impose l'anglais comme seule langue de travail. Voilà enfin des fonctionnaires qui tiennent des réunions en anglais dans leur ministère à Paris, l'armée qui organise des manœuvres en anglais même pour les réservistes et des patrons qui imposent cette langue quotidiennement à leurs employés et ouvriers en France même, sous peine de sanctions ; sans parler des invitations pressantes de Fun radio, NRJ ou autres à parler la « langue d'Internet ».

Et que leur reprocher quand un ministre parle anglais dans la cour de l'Élysée, comme un autre à Ottawa ou à Shanghai dans une classe de français, et un ancien collègue au Kossovo ?

Voici l'État bafoué, la langue française humiliée, notre peuple méprisé, notre culture ébranlée, notre prestige international abaissé, notre place et notre rôle dans le monde compromis. Et par qui ? Hélas ! par des hommes dont c'était le devoir, l'honneur, la raison d'être, de servir la France, sa culture et sa langue.

Cette fièvre, cette encéphalopathie anglophone humaine sévit à grande échelle chez tous ceux dont l'ambition se borne désormais à espérer un strapontin dans les institutions du nouvel ordre mondial, où on les voit déjà se pavaner, de la Commission trilatérale à la Commission européenne, en passant par la Banque de Francfort, où l'on ne parle qu'anglais.

Certes, des réticences demeurent à l'échelon inférieur, mais nul doute pour ces « élites » que les nouvelles générations seront vite assimilées et qu'on en finira bientôt avec ce vieux souvenir , la France, qui survit encore dans sa langue, même si sa souveraineté est déjà abolie sur le papier. Par la volonté de leurs maîtres, le nouvel ordre doit être anglophone, comme l'envisageait déjà le président Grant en 1873, évoquant le jour où le monde serait, guidé par la République américaine, une vaste nation où tous ne parleraient plus qu'une seule langue. Le rêve est désormais à portée de la main pour cette « nouvelle Atlantide » de boutiquiers.

Face à cette capitulation sans conditions d'une vaste partie des pouvoirs constitués, ne demeurent plus, outre quelques rares déclarations volontaristes qui n'abusent plus guère, que quelques mesures censées faire diversion. Par exemple, l'enseignement « des langues » n'est en réalité que de l'anglais obligatoire dès la maternelle. Comme si la maîtrise du français par nos écoliers inspirait une telle confiance qu'on pût envisager ce luxe ! Enfin, la « Francophonie » institutionnelle s'occupe désormais d'à peu près tout sauf de langue française.

La France, si elle veut être la France, n'est pas seule ; des protestataires de Seattle aux millions de francophones du Québec et d'ailleurs, c'est à des hommes émancipés, à des Français libres de combattre pour que les différents pays du monde et d'abord la France ne soient plus des lignes anonymes sur le tableau électronique de Wall Street, des pions dans le jeu des échecs mondiaux et que la langue française soit l'expression de la plus noble des pensées : la Liberté.

Nous, partisans de la liberté, et d'abord de la liberté de parler notre langue, avons décidé de mettre un terme à cette capitulation.

Non, à ces abandons sans combat, ces désertions sans aveu, ces renoncements dissimulés !

Nous ne disons pas un « NON » solitaire mais un « NON » solidaire, car nous ne sommes pas seuls !

Document établi par le Collectif d'associations :
Avenir de la langue française (ALF)
Défense de la langue française (DLF)
Association pour la sauvegarde et l'expansion de la langue française (ASSELAF)
le Droit de comprendre (DDC)
Musiques France Plus
Nota : Un manifeste, à signer est associé à cette déclaration (voir manifeste)

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