
Gentilé : nom des gens de quelque part, parisien est le gentilé de Paris.
Politonyme : nom propre qui désigne une entité politique ou administrative, les États, les provinces ...
Politonymie : domaine de l’onomastique (étude des noms propres), distinct et au même niveau que la toponymie (noms de lieux), et l’anthroponymie (noms d’hommes et de population).
Qatarien est bien le dérivé et donc le gentilé de Qatar en français. Qatari, c’est de l’anglais. Les dépêches d’agences sont souvent en anglais, ce qui fait que, si on ne connaît pas la forme française, on reprend l’anglais.
En arabe on construit des formes avec des terminaisons différentes selon la structure de la phrase. Si « l’équipe qatarienne » donne المنتخب القطري (almuntakhab alqatariu), on peut bien en français employer les marques grammaticales propres et dire qatarienne.
En anglais l’adjectif reste invariable, et -i n’est pas un suffixe français.
Le Petit Larousse donne bien qatarien. Le dictionnaire n’est qu’un outil de consultation, il est pris comme référence par les gens, mais en l’occurrence ce n’est pas lui qui définit la norme. Qatarien est depuis longtemps la forme française officielle, publiée au Journal officiel comme recommandation de l’Académie française, après étude par le Collège d’experts spécialisé.
De même, c’est Émirien pour les Émirats arabes unis.
http://www.projetbabel.org/ange_bizet/qatarien.pdf
Bosnien est le dérivé se rapportant à la Bosnie-Herzégovine. Bosniaque a une valeur ethnique, pour les « Musulmans » de langue serbo-croate. Un habitant (citoyen) de Bosnie-Herzégovine peut être bosniaque, serbe, croate ou autre (ethnonymique) ; ils sont tous bosniens (politonymique). De même, les Kazakhstanais, du Kazakhstan, ne sont pas tous des Kazakhs (ethnonyme) turcophones. Les minorités, des Russes par exemple, sont aussi kazakhstanais (gentilé politonymique).
Biélorussie est bien le nom français, et Biélorusse le gentilé. J’ai publié une mise au point sur ce cas dans le dernier numéro de DLF : http://www.projetbabel.org/ange_bizet/bielorussie.pdf
Le nom de la chose dépend de la langue dans laquelle on s’exprime.
La coupe du monde est l’occasion d’aborder des cas comme qatarien, kazakhstanais... Des rencontres de rugby avaient été l’occasion de faire le point sur le cas des Tonga et du gentilé, Tongiens : http://www.projetbabel.org/ange_bizet/tonga.pdf
Ces questions sont soulevées à l’occasion d’évènements d’actualité. Ainsi, comme manifestation de soutien à l’Ukraine, on a assisté à un changement dans l’usage des noms de villes. Par exemple, Kharkov est devenu Kharkiv. Cela ne met pas en péril la langue française, mais il n’y a pas de justification linguistique à cela puisque Kharkov, nom français depuis longtemps, n’est pas le nom russe, pas plus que Kharkiv n’est le nom ukrainien. Kiev nom de la capitale, bien plus connu, y échappe encore, malgré les injonctions de certains qui pensent légitime de manipuler la langue à des fins idéologiques (on voit bien cet activisme sur d’autres thèmes). Le plus drôle c’est que le plus souvent ils disent « Karkiff » en prononçant la finale à la russe.
Beaucoup de gens ont découvert l’existence même de « Lviv », ignorant que cette ville, capitale de la Galicie, avait depuis toujours un nom français, Léopol, d’après son fondateur (Léon), et entrant dans la série de Sébastopol, Marioupol, Nikopol... En italien, c’est toujours Leopoli, en polonais Lwów qui se prononce à peu près « Lvouf », en allemand Lemberg, etc. En ukrainien Львів ne se prononce pas du tout « Lviv » mais /lʲwiu̯/ qu’il n’est pas possible de transcrire en orthographe française.
Croyant choisir un nom ukrainien contre un nom russe, les médias français, sous influence, ne se rendent même pas compte qu’ils ne font que suivre le choix de l’anglo-américain, par ignorance des noms français. http://www.projetbabel.org/ange_bizet/ukraine_kiev_kharkov.pdf
L’ADELFY se donne-t-elle pour but de lutter contre les anglicismes ?
C’est une action constante de défense de la langue française. En l’occurrence l’ADELFY a diffusé un communiqué sur Qatarien, mais nous avons bien d’autres thèmes d’activités.
Par exemple, la dernière conférence portait sur l’histoire de la langue avec les mots d’origine gauloise par Jacques Lacroix, et la précédente portait sur la défense institutionnelle et la politique linguistique par Albert Salon.
Pour la prochaine, un biologiste de renom, dans l’esprit de la sentence d’Albert Camus
« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde »
traitera de la nécessité d’utiliser le mot juste pour penser juste et agir correctement. Microbiologie, épidémiologie, pandémie… sujet d’actualité !

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