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« La langue italienne est menacée d’extinction »

Paolo D’Achille, président de la prestigieuse Accademia della Crusca, a lancé le 23 mars une mise en garde solennelle concernant le risque de disparition de l’italien.
Rédigé par Pierre Gusdorf
Publié le 7 avril 20266 min de lecture
« La langue italienne est menacée d’extinction »

La mise en garde du président d'une prestigieuse académie florentine

Il n'y a pas qu'en France que les ravages de l'anglomanie sont dénoncés. Paolo D'Achille, président de la prestigieuse Accademia della Crusca, a lancé le 23 mars une mise en garde solennelle concernant le risque de disparition de l'italien. Créée à Florence en 1583, ayant érigé Dante, Petrarque et Boccace en piliers de la langue italienne, l'Accademia est la plus ancienne institution linguistique au monde.

Paolo D'Achille considère que le danger qui menace l'italien est l'érosion au profit de l'anglais dans les domaines de la connaissance, de la technologie et de l'administration. L'anglais s'impose progressivement dans les études et la recherche. Il est devenu indispensable de publier en anglais pour être lu à l'étranger, mais également pour être évalué en Italie et il y a des cursus universitaires qui ont lieu entièrement en anglais. « Le risque réel n'est pas que l'italien disparaisse du discours quotidien, mais qu'il soit progressivement expulsé des domaines de la haute communication. Si l'italien cesse d'être le langage de la recherche scientifique, des tribunaux internationaux, de l'économie mondiale et, surtout, de l'enseignement universitaire supérieur, il subira un processus de dialectification. »

D'Achille condamne également l'Itanglese, ce mélange linguistique qui envahit le quotidien de la péninsule. « Ce ne sont pas les emprunts qui doivent nous inquiéter, ceux qui comblent un vide sémantique pour de nouveaux objets ou concepts. Ce qui est alarmant, c'est le remplacement aveugle de mots italiens existants, précis et pleins d'histoire, par des termes anglais souvent inappropriés, par pur désir de paraître moderne. Ce n'est pas de l'enrichissement, c'est un appauvrissement de l'expression. »

La survie de l'Italien ne dépend pas des décisions d'un ministère ou d'une académie. C'est aux Italiens de décider. Chaque fois que l'on choisit un mot italien au lieu d'un synonyme anglophone, on fait de la résistance culturelle. « La langue est un bien commun et à ce titre il faut en prendre soin, la protéger et surtout l'utiliser. »

Sources : The Telegraph, La Stampa, Rai, Libreriamo (merci à H. Mignart - << Le français, c'est classe »)

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