
« MARGARET RENONCE A PETER ». En novembre 1955, ce titre de France-Soir prêta à sourire. Il évoquait la princesse Margaret, sœur cadette de la reine Elisabeth II et donna lieu à d’innombrables commentaires, dont le bon goût n’avait d’égale que la finesse : « Déjà qu’elle ne pouvait pas accéder au trône », « la famille royale britannique est toujours dans la retenue », « une princesse peu démonstrative », « Y aurait-il de l’eau dans le gaz ? », « Les querelles intestines de Buckingham », etc. Bien évidemment, cette une n’avait aucun rapport avec le système digestif des Windsor. Elle concernait la décision de la princesse de ne pas épouser Peter Townsend, écuyer de son père et as de la Royal Air Force.
L’interprétation « pittoresque » de ce titre était compréhensible : on a longtemps eu la mauvaise habitude de ne pas accentuer les majuscules. C’était techniquement impossible quand on tapait à la machine, et l’écriture manuelle se passait de cette convention. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Les claviers de nos téléphones ou ordinateurs portables permettent sans difficulté de placer cédilles et accents en tous genres sur et sous les majuscules. Et ainsi de respecter les règles typographiques de l’Imprimerie Nationale et la recommandation de l'Académie française : « en français, l’accent a pleine valeur orthographique. Son absence ralentit la lecture, fait hésiter sur la prononciation, et peut même induire en erreur. Il en va de même pour le tréma et la cédille. On veille donc, en bonne typographie, à utiliser systématiquement les capitales accentuées ».
Ce qui n’empêche pas quelques bévues. DUPONT-MORETTI A LA BARRE, pouvait-on lire voici quelques mois sur les affiches annonçant le seul-en-scène du célèbre avocat, ce qui pouvait tromper le public quant à ses qualités et ses performances. Les affiches furent rapidement rectifiées. Sandrine Campese mentionne le cas des quatre interprétations différentes de la formule UN INTERNE TUE. On pourrait également, comme l’ont titré certains journaux, citer la nécessité de REGLER LA QUESTION DES RETRAITES, qui pourrait avoir une connotation carrément définitive avec un accent aigu. Si une dame écrit à ses amies « JE ME FAIS UN PETIT JEUNE », l’absence de circonflexe peut évidemment prêter à confusion, surtout pendant le carême.
L’accentuation des majuscules permet, entre autres avantages, de ne pas confondre le PALAIS DES CONGRES avec une poissonnerie et de préciser que le REGISTRE DES PECHEURS est à l’usage des Affaires maritimes et non des prêtres confesseurs. Bref, un accent ne prend qu’une place minuscule sur une lettre mais il peut prendre une place majuscule dans l’imagination.

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