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La règle ou l'usage ?

Jules Renard et François Cavanna ont tous deux évoqué des anomalies grammaticales qui se sont imposées par l’usage.
Rédigé par Alain Sulmon
Publié le 31 août 20266 min de lecture
La règle ou l'usage ?

La règle ou l’usage ?

« J’aime passionnément la langue française. Je crois tout ce que la grammaire me dit. Je savoure les exceptions et les irrégularités de notre langue. » Cette déclaration de Jules Renard renvoie évidemment aux anomalies grammaticales qui souvent se sont imposées, avec bonheur, déclare-t-il, par l’usage.

François Cavanna en relève plusieurs dans son livre Mignonne, allons voir si la rose… dont une apparue ces dernières décennies, l’usage du pronom personnel indéfini on : « J’en ai assez. Chaque fois que j’écris quelque chose dans le genre “on est perdus”... Chaque fois, le correcteur, paf, me supprime le s du pluriel », s’agace Cavanna.

La règle est pourtant claire : le pronom on est du genre masculin singulier, se conjugue donc à la troisième personne du singulier – « On n’a rien sans peine » – et, s’il advient un attribut, celui-ci s’accorde au masculin singulier : « On se croit spirituel, on n’est que ridicule. » Jusque-là, tout va bien. Cependant la langue, la langue parlée, donc l’usage, a fait évoluer le sens du pronom on vers la façon la plus courante de dire « Nous » : « On est d’accord », « On est une bande d’amis », etc. Il n’est pas imaginable de dire ou d’écrire « On sommes d’accord » ou « On sont une bande d’amis », n’est-ce pas ?

Pourtant l’usage courant fait accorder au féminin ou au pluriel les attributs quand on renvoie à un pluriel ou à un sujet féminin : « On est fiers d’être bretons » ou « On peut être belle et rebelle ». Pourquoi cet accord est-il devenu la règle d’usage ? Parce que, nous dit Cavanna, « la grammaire doit être au service du sens », n’hésitant pas à dénoncer Victor Hugo lui-même dans cette citation reprise du maître de la langue française : « On était resté de bons camarades » et, tout en lui demandant pardon, Cavanna affirme que ne pas accorder resté : « c’est idiot ! » Rien de moins...

Dans cette apostrophe : « Alors on est devenus bons chasseurs ! » s’impose logiquement face à « Alors on est devenu bon chasseur ! », si on renvoie à un groupe et non à un seul individu.

En conclusion, quand l’adage « l’exception confirme la règle », que l’on entend régulièrement en commentaire des amendements à la règle, est utilisé, il convient d’en comprendre la raison et, dans le cas présent, il s’agit d’ajuster la forme, c’est-dire la grammaire, au fond, c’est-à-dire le sens de la phrase.

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