
« J’aime passionnément la langue française. Je crois tout ce que la grammaire me dit. Je savoure les exceptions et les irrégularités de notre langue. » Cette déclaration de Jules Renard renvoie évidemment aux anomalies grammaticales qui souvent se sont imposées, avec bonheur, déclare-t-il, par l’usage.
François Cavanna en relève plusieurs dans son livre Mignonne, allons voir si la rose… dont une apparue ces dernières décennies, l’usage du pronom personnel indéfini on : « J’en ai assez. Chaque fois que j’écris quelque chose dans le genre “on est perdus”... Chaque fois, le correcteur, paf, me supprime le s du pluriel », s’agace Cavanna.
La règle est pourtant claire : le pronom on est du genre masculin singulier, se conjugue donc à la troisième personne du singulier – « On n’a rien sans peine » – et, s’il advient un attribut, celui-ci s’accorde au masculin singulier : « On se croit spirituel, on n’est que ridicule. » Jusque-là, tout va bien. Cependant la langue, la langue parlée, donc l’usage, a fait évoluer le sens du pronom on vers la façon la plus courante de dire « Nous » : « On est d’accord », « On est une bande d’amis », etc. Il n’est pas imaginable de dire ou d’écrire « On sommes d’accord » ou « On sont une bande d’amis », n’est-ce pas ?
Pourtant l’usage courant fait accorder au féminin ou au pluriel les attributs quand on renvoie à un pluriel ou à un sujet féminin : « On est fiers d’être bretons » ou « On peut être belle et rebelle ». Pourquoi cet accord est-il devenu la règle d’usage ? Parce que, nous dit Cavanna, « la grammaire doit être au service du sens », n’hésitant pas à dénoncer Victor Hugo lui-même dans cette citation reprise du maître de la langue française : « On était resté de bons camarades » et, tout en lui demandant pardon, Cavanna affirme que ne pas accorder resté : « c’est idiot ! » Rien de moins...
Dans cette apostrophe : « Alors on est devenus bons chasseurs ! » s’impose logiquement face à « Alors on est devenu bon chasseur ! », si on renvoie à un groupe et non à un seul individu.
En conclusion, quand l’adage « l’exception confirme la règle », que l’on entend régulièrement en commentaire des amendements à la règle, est utilisé, il convient d’en comprendre la raison et, dans le cas présent, il s’agit d’ajuster la forme, c’est-dire la grammaire, au fond, c’est-à-dire le sens de la phrase.

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