

Les photocopies seraient-elles à l’origine de la baisse du niveau de français ? De prime abord, ces feuilles volantes et autres fichiers souples ont beaucoup d’attraits : légers, adaptables et personnalisables à l’infini, ils aident les élèves à fournir un travail rapide et propre. Mais n’est-ce pas là la beauté du diable ? Il est vrai que, grâce au fichier, l’élève est dispensé d’écrire tout ce qui est inutile – l’énoncé, la phrase, l’opération –, de sorte qu’on pourrait croire qu’il fera plus d’exercices et apprendra davantage. En faisant gagner du temps, le fichier et la photocopie seraient donc les alliés du système éducatif. Cependant, rien de ce que l’enfant écrit n’est inutile. La copie de l’énoncé de mathématiques aide à comprendre le sens du problème, celle de l’opération permet d’avoir un ordre de grandeur du résultat. Copier la leçon favorise son apprentissage, de même que cela oblige l’enfant à écrire de nombreux mots dont il mémorisera peu à peu l’orthographe, et de nombreuses phrases dont il assimilera la structure et la ponctuation. Et, même quand il écrit mécaniquement, il aura au moins exercé son poignet à écrire, ce qui lui permettra, plus tard, de prendre efficacement un cours en notes.
Ainsi, les photocopies ne permettent pas de faire plus d’exercices, puisque, à cause d’elles, les élèves écrivent plus lentement. De même, l’intelligence de l’enfant est très peu stimulée par ces exercices qui ressemblent à des formulaires à remplir, avec des cases à cocher, des points à relier, des phrases à trous et des leçons déjà rédigées. En somme, tout est entièrement déroulé à l’avance pour l’élève, qui jamais ne décide où il écrira sa réponse, à quel moment il ira à la ligne et où il placera son opération. C’est pourquoi les cahiers de vacances et autres outils parascolaires n’ont guère d’intérêt, l’enfant étant systématiquement placé dans l’attitude passive de celui qui complète un document déjà conçu pour lui.
Il n’y a pas de raccourci dans les apprentissages. Le sportif et le musicien se soumettent à un entraînement intensif ; il doit en aller de même pour l’apprentissage du français. Chaque photocopie est une occasion manquée d’apprendre à écrire et il faudra, plus tard, beaucoup d’efforts pour rattraper ce temps perdu.
Certes, il existe beaucoup d’autres causes à la baisse du niveau : la rémunération des enseignants, la pédagogie, le numérique... Mais la suppression des fichiers et des photocopies est une mesure simple qui ne coûte rien. À cet égard, il faut éviter de déculpabiliser l’école en reportant la faute sur les SMS et les réseaux sociaux. Correctement formés, les jeunes n’écriraient pas avec autant de fautes sur leur téléphone. Les réseaux aggravent un problème, ils ne le créent pas. Gageons donc qu’en éteignant les photocopieurs et en supprimant les fichiers on parviendra à redresser, ne serait-ce que modestement, la situation bien préoccupante que nous vivons.
Encore faudra-t-il, pour que ce travail d’écriture soit efficace, qu’on apprenne aux élèves à tenir correctement leur stylo. Sans quoi, victimes du syndrome de l’écriture coûteuse, leur attention sera entièrement accaparée par le tracé des lettres et ils ne comprendront rien de ce qu’ils seront en train d’écrire.
Aude Denizot, née en 1974 à Thionville, est professeur de droit.
Études : École normale supérieure (Cachan), agrégation d’économie et gestion (1997), doctorat de droit privé, à l’université de Paris-I Panthéon- Sorbonne (2007), agrégation de droit privé et sciences criminelles (2015).
Carrière : a travaillé dans plusieurs lycées et universités. Professeur de droit à l’université du Mans et interventions régulières en Amérique latine, où elle a développé de nombreux partenariats ; membre du laboratoire Themis université du Maine (depuis 2022).
Œuvres : L’Universalité de fait (Thèse, 2008) ; Responsabilité civile et quasi-contrats : 24 exercices d’application et Pourquoi nos étudiants ne savent-ils plus écrire ? Les ravages de la photocopieuse (2022).


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