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« Exclave » : Un anglo-barbarisme

Le mot "exclave" a une particularité : à ce jour, il ne fait pas partie de la langue française. Il n’est mentionné ni dans le Larousse, ni dans le Robert, ni dans le dictionnaire de l’Académie française, ni dans le Trésor de la langue française, ni dans le portail lexical du Centre national des ressources textuelles et lexicales; il n’est même pas reconnu par les correcteurs d’orthographe… Ceci pour une raison simple : il fait strictement double emploi avec enclave. Il n’y a aucune différence entre ces deux mots. Autrement dit, "exclave" n’a aucun intérêt.
Rédigé par Pierre Gusdorf (merci à Pierre-Louis Douhéret)
Publié le 7 août 20268 min de lecture
« Exclave » :  Un anglo-barbarisme

« Exclave » : Un anglo-barbarisme

Ce terme a fait récemment son apparition dans le jargon médiatique où il est employé à toutes les sauces, au gré des convulsions géopolitiques, : « L’exclave de Kaliningrad » (TF1, La Croix, 20 minutes, Ouest-France…), « Ceuta, l’exclave espagnole frontalière avec le Maroc » (Les Échos, Le Grand Continent, Arte, Libération…), « L’exclave du Nakhitchevan » (Le Monde, France 24, RFI…), « L’autre exclave omanaise : la péninsule du Musandam » (Orient XXI)…

Le mot exclave a une particularité : à ce jour, il ne fait pas partie de la langue française. Il n’est mentionné ni dans le Larousse, ni dans le Robert, ni dans le Dictionnaire de l’Académie française, ni dans le Trésor de la langue française, ni dans le portail lexical du Centre national des ressources textuelles et lexicales; il n’est même pas reconnu par les correcteurs d’orthographe… Ceci pour une raison simple : il fait strictement double emploi avec enclave. Il n’y a aucune différence entre ces deux mots. Autrement dit, exclave n’a aucun intérêt.

Antérieurement à 2023, il n’est répertorié qu’à trois reprises dans la langue française : en 1888 dans L’Allemagne illustrée, ouvrage du géographe Victor-Adolphe Malte-Brun; puis en 1979 dans Le naufrage des caravelles, une étude due à l’historien René Pélissier; enfin en 2005 dans Les régions de Russie à l’épreuve des théories et pratiques économiques, par Liliane Bensahel et Pascal Marchand.

Alors, pourquoi cet engouement brutal ? Pourquoi, depuis quelques mois, les journaux et médias se sont-ils mis soudainement à utiliser ce mot ad nauseam ? L’explication réside-t-elle dans la nuance laborieusement concoctée par certains géographes : une enclave serait considérée comme une exclave par l'État qui en a la souveraineté ? C’est douteux : cet emploi nécessiterait une réflexion préalable…

Non. Cet affligeant panurgisme est lié à une tendance des « journalistes » français à l’emprunt de termes anglo-américains perçus comme plus modernes, précis ou « internationaux », même quand un équivalent français existe. Le mot exclave n'est pas en soi un anglicisme — il est emprunté à l'allemand Exklave. Mais sa mobilisation récente relève d'un calque servile plutôt que d'un choix lexical assumé : une agence ou un grand média anglophone façonne le cadrage d'un événement ; les rédactions francophones reprennent mécaniquement le terme utilisé, sans se demander s'il correspond à l'usage français. Le réflexe supplante la réflexion. C’est une nouvelle illustration de l’effarante anglomanie qui règne chez nos communicants.

Cependant, pour conclure avec indulgence, considérons que ce mot inutile pourrait éventuellement être intégré dans un exercice de diction : esclandre dans l’exclave, les esclaves s’exclament et s’esclaffent…

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