
Comme le rappelle le pédagogue Philippe Meirieu « Apprendre à écrire (…) ce n’est pas seulement acquérir et maîtriser des compétences scripturales – graphiques, syntaxiques, grammaticales et stylistiques –, c’est nouer cet ensemble de savoir-faire dans « l’intention d’écrire ». L’expression écrite améliore la mémorisation et participe au développement de la pensée complexe : le cerveau a tendance en quelque sorte à capitaliser l’effort produit par l’acte d’écriture.
Face aux écrans, le déclin de l’expression écrite
Nous assistons malheureusement au déclin de l’expression écrite et particulièrement de l’écriture manuscrite, déclin favorisé par les usages numériques et les écrans. Or plusieurs travaux en psychologie cognitive, neurosciences et sciences de l'éducation montrent que celle-ci présente des avantages significatifs par rapport à la frappe au clavier, dans le cadre de l’« apprentissage de la langue » (lecture, orthographe, acquisition du vocabulaire, prise de notes, etc.). Les claviers ont tendance à perpétuer chez les enfants la confusion des lettres semblables, comme le m et le w, ou le p et le b, au risque d’une dyslexie durable. En revanche, l’apprentissage de l’écriture permet d’ancrer plus rapidement la distinction des lettres entre elles, en un cercle vertueux du geste et de la pensée.
Le cas de la Norvège
La Norvège est l'un des exemples les plus souvent cités d'un retour à l'écriture manuscrite et aux supports papier, après avoir été, dans les années 2010, l'un des pays les plus avancés dans la numérisation de l’école. Cette évolution ne correspond pas à un rejet du numérique, mais à une politique de rééquilibrage, fondée sur les résultats de la recherche et sur les performances scolaires. Les enquêtes internationales (PISA, PIRLS, etc.) ont en effet montré une baisse progressive des compétences en lecture et en écriture chez les jeunes Norvégiens. Les autorités norvégiennes considèrent aujourd'hui que les outils numériques ont été introduits trop rapidement et sans cadre pédagogique suffisamment solide.
Ainsi depuis 2023-2024, le gouvernement promeut le retour des manuels imprimés, les activités liées à l’écriture manuscrite et une utilisation plus mesurée des écrans dans les premières années de scolarité. Il ne s'agit pas d'abandonner le numérique, mais de réserver son usage aux situations où il apporte une réelle valeur ajoutée. Ce revirement a également été observé en Finlande, en Suède et en Espagne. Dès 2023, l’UNESCO avait alerté sur la nécessité « d’apprendre aux enfants à vivre à la fois avec et sans technologie; à prendre ce dont ils ont besoin de l'abondance de l'information, mais à ignorer ce qui n'est pas nécessaire; à laisser la technologie soutenir, mais ne jamais supplanter les interactions humaines dans l'enseignement et l’apprentissage ».
France : reconquérir l’écrit
Dans ce contexte, le gouvernement de François Bayrou a proposé en mars 2025 de « reconquérir l’écrit » et d’en faire une priorité pour l’Éducation nationale. Cette opération vise à redonner le goût de l’écriture longue aux écoliers. Il s’agit de faire écrire les élèves tout au long du continuum scolaire chaque jour et dans toutes les disciplines, de restaurer des exigences en termes d’attendus (longueur des textes, qualité orthographique et syntaxique) et de former les enseignants.
Parmi les mesures prévues figure le projet baptisé « Opération écrire », testé dès septembre 2025 dans 24 écoles. Le principe : offrir aux enfants un véritable parcours d’écriture, sur une année entière, autour d’un thème fort. À raison de lectures quotidiennes de contes ou légendes, puis d’ateliers de vocabulaire et de grammaire, les élèves s’immergent dans la langue, avant de rédiger leur propre récit dès janvier. Selon le linguiste Alain Bentolila, porteur du projet, « les résultats sont bluffants ». Et une centaine d’élèves de CM1 et CM2 accompagnés de leurs enseignants, sont venus en juin dernier présenter leurs écrits d’imagination dans les salons Gallimard, sous la houlette de notre ami Pascal-Raphaël Ambrogi, haut-fonctionnaire chargé de la langue française. En 2027, 250 classes participeront à cette reconquête de l’écrit, soit plusieurs milliers d’élèves.

7 août 2026
Le mot "exclave" a une particularité : à ce jour, il ne fait pas partie de la langue française. Il n’est mentionné ni dans le Larousse, ni dans le Robert, ni dans le dictionnaire de l’Académie française, ni dans le Trésor de la langue française, ni dans le portail lexical du Centre national des ressources textuelles et lexicales; il n’est même pas reconnu par les correcteurs d’orthographe… Ceci pour une raison simple : il fait strictement double emploi avec enclave. Il n’y a aucune différence entre ces deux mots. Autrement dit, "exclave" n’a aucun intérêt.

30 juillet 2026
Né en Turquie, le concept d' « État profond » a traversé la Méditerranée et l'Atlantique pour être popularisé par Donald Trump, avant d'arriver en France, notamment dans la bouche d'Emmanuel Macron. Entretemps la signification de cette expression a évolué.

25 juin 2026
L'acteur Simon Abkarian explique son attachement à la langue française

24 juin 2026
Président de Défense de la langue française, Christian Jambet, islamologue et académicien, spécialiste des spiritualités chiites, livre ses réflexions sur la guerre en cours contre la république des mollahs et la « dégénérescence» du régime iranien