Parole à nos invités

L’orthographe pour François de Closets

François de Closets, journaliste, écrivain et grand défenseur de la langue française, met en avant dans cet article l’importance de l’orthographe comme un pilier essentiel de la pensée, de la clarté et de la communication, en soulignant que sa maîtrise — loin d’être un simple code scolaire — est une condition fondamentale pour préserver la précision, la richesse et l’identité du français face aux usages négligents ou appauvris.
Rédigé par DLF
Publié le 19 octobre 200914 min de lecture
L’orthographe pour François de Closets

Invité d’honneur du déjeuner du 20 octobre (voir DLF, no 234, p. II), François de Closets nous a présenté son tout nouvel ouvrage :

Zéro faute. L’orthographe, une passion française

(Mille et une nuits, 330 p., 20,90 €)

Nous reproduisons ici des extraits de l’enregistrement de sa conférence, transcrite par Alexandre François.

J’ai fait ce livre car notre système orthographique s’effondre. Des enquêtes montrent que depuis les années 1990-2000, les compétences des élèves s’effondrent comme ça n’est jamais arrivé. Alors, il faut s’interroger : quelles en sont les causes et quels pourraient en être les remèdes? De ce point de vue, j’ai repris toute l’histoire de la langue française et de l’orthographe.

Que nous apprend ce livre ? La France a hérité d’une orthographe atrocement compliquée et savante, d'une orthographe de scribe. Au moment où, au début du XIXe siècle, la France décide que toute sa population – analphabète à l’époque – devra apprendre à écrire, elle décide aussi de ne pas simplifier cette orthographe. Tous les Français devront absolument apprendre et pratiquer cette orthographe de scribe, alors qu’au XVIIIe siècle, la correction n'était exigée que des professionnels ou dans l’imprimerie.

A priori, c’est un objectif fou et pour l’atteindre, on décide de sacraliser l’orthographe. Pourtant, dans toutes les autres disciplines, les erreurs sont pardonnables. Or, pour la seule question de l’orthographe, le manque de savoir devient un manque de savoir-vivre. Il faut bien comprendre que c’est la crainte de la faute qui a permis de tenir ce pari fou. À partir de là, tous les Français, sentant peser le poids de la culpabilité et du ridicule s’ils ne maîtrisaient pas l’orthographe, ont fait l’effort de se soumettre à ses règles.

Alors, que s’est-il passé dans les années 90 au point de provoquer l’effondrement des compétences orthographiques ? Eh bien, la deuxième révolution de l’écriture ! La première fut l’imprimerie, qui influença toute notre orthographe, toute notre ponctuation, toute notre accentuation. Et voilà qu’à partir de 1990 se répand l’écriture électronique. Résultat : les jeunes écrivent bien plus que nous ! Le XXe siècle est celui de l’écriture, mais l’écriture n’est plus la même. Si vous regardez les jeunes discuter constamment dans leurs forums, ils ne sont pas en train d’établir un texte à conserver précieusement. Voilà une écriture qui transcrit de l’oral et incite à la faute. Changer un mot est devenu tellement facile qu’on le change sans relire, sans faire attention aux accords. On est pressé, on ne fait même pas appel au correcteur. Aujourd’hui, les jeunes sont habitués à écrire ainsi et c’est irréversible : l’écriture double désormais l’oral dans la fonction conversationnelle. C’est, à mon avis, la raison décisive qui empêche les jeunes de comprendre cette notion de faute, qui ne s’est imposée que parce que l’écrit avait cette valeur supérieure à l’oral.

À moins d’interdire l’écriture électronique, les jeunes générations écriront au mieux comme les grands écrivains du XVIIIe siècle, qui ne prêtaient qu’une attention très relâchée à l’écriture. Mais à l’époque, la faute n’existait pas. Aujourd’hui, la nouvelle donne est que les jeunes écriront sur clavier toute leur vie. L’écriture manuscrite est appelée à devenir complètement marginale. C’est un fait et il faut s’interroger : doit-on continuer à apprendre le français pour maîtriser un exercice où l’élève écrit sur feuille blanche un texte dicté, sans faute, sans aucune assistance, alors que les jeunes ne pratiqueront jamais cet exercice de toute leur vie ? Ils devront, en revanche, écrire leur propre texte, sur ordinateur et sans fautes, avec l’assistance d’un correcteur électronique. Cela ne relève pas du même apprentissage mais d’un apprentissage tout aussi exigeant.

Voilà globalement résumé le point de vue de mon livre. Je vois autour de moi beaucoup de gens qui déplorent avec moi la chute du français, mais je n’ai jamais vu personne proposer la moindre solution permettant de l’enrayer. Dire « il faut revenir en arrière, redonner les heures perdues à l’orthographe » n’a aucun sens. Je suis désolé de voir à quel point ceux qui se présentent comme les amis des enseignants sont leurs pires ennemis en pensant uniquement à un retour vers l’école du XIXe siècle, au lieu d’ouvrir la voie de l’espoir, qui est de maîtriser l’orthographe du XXIe siècle. Cette orthographe sera la même que la nôtre, mais une partie de sa difficulté pourrait être transférée à l’ordinateur.

François de Closets, journaliste et écrivain, est né en 1933. Il a fait des études de droit et est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris.

Journaliste de presse écrite, il a collaboré successivement à l’Agence France-Presse, à Sciences et Avenir, à L’Express, au Nouvel Observateur et à L’Événement du jeudi.

Pour la télévision, il a produit pendant une trentaine d’années, tantôt sur TF1, tantôt sur France 2, des émissions consacrées soit à la science, soit à l’économie ou à la santé.

En 1988, il a présidé la commission Efficacité de l’État, dans le cadre du Commissariat général au Plan.

Parmi ses œuvres, citons :

  • L’Espace Terre des hommes et La Lune est à vendre (1969);

  • Le Bonheur en plus (1974);

  • Scénarios du futur (T. I, 1978, T. II, 1979);

  • Toujours plus (1982); Tous ensemble (1985); Tant et plus (1992);

  • Le Bonheur d’apprendre et comment on l’assassine (1996);

  • L’Imposture informatique (2000);

  • Ne dites pas à Dieu ce qu’il doit faire, biographie d’Albert Einstein (2004);

  • Plus encore (2006); Le Divorce français (2008).

(Source : Wikipédia (http://fr.wikipedia.org/)

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