

La dictée, c’est un prétexte pour se retrouver. Pour quelle raison suscite-t-elle un intérêt de la part de personnes de tous âges et de toutes conditions ? Cela tient à la recherche de la maîtrise des mots. Nous avons cela en nous : pour pouvoir exprimer nos émotions, il faut trouver les mots. Et si l’on dispose de cette maîtrise des mots, de cette fluidité, on parvient à s’exprimer avec facilité. La maîtrise de l’orthographe, c’est l’accès à la culture, c’est l’insertion professionnelle, c’est le lien social. Mais certaines personnes ont parfois des freins qui les empêchent de trouver les mots. Le rapport à l’écrit et à la parole passe par le desserrement de ces freins qui sont souvent liés à la honte : on a honte de faire des fautes. L’orthographe est un marqueur social.
Or la dictée n’est pas un outil d’évaluation ou de culpabilisation. C’est un outil qui nous permet de nous rencontrer. La dictée de Saint-Denis en 2015 était un temps fort qui a réuni plus de 1 000 personnes. Il y a eu la dictée au stade de France, la dictée avec Thomas Pesquet, celle des Champs-Élysées en 2023. J’en organise bientôt également en Tunisie et au Maroc.
Que penser de la réforme de l’orthographe ? Simplifier la langue en prétextant que c’est pour faciliter son usage, c’est renoncer à se défier, à se dépasser. En athlétisme, si on veut courir 400 mètres, va-t-on, sous prétexte de simplification, se limiter à 40 mètres ? Il est important de savoir se dépasser, il est important de maîtriser l’orthographe traditionnelle. Dans l’apprentissage, le levier est de réussir à identifier ses erreurs, ses freins, ses traumatismes, pour se libérer et pouvoir écrire, parler, s’exprimer, ouvrir le champ des possibles.
La langue française est une très belle langue. C’était une langue diplomatique. Dans le monde actuel et notamment depuis l’arrivée d’internet, on veut tout, tout de suite. Dans cette recherche du résultat immédiat, les abréviations ou les anglicismes sont plus séduisants que notre langue traditionnelle. C’est pourquoi il faut rendre accessible l’histoire de la langue française, sans la déformer mais en montrant que cette noblesse, malgré sa complexité, est une de ses valeurs.
Nous pouvons faire la même comparaison avec des jeunes issus de milieux modestes qui admirent les footballeurs, les rappeurs, et qui croient naïvement qu’ils sont parvenus à ce résultat sans travail. Bien évidemment ce n’est pas le cas. Il en est de même pour la langue : la langue, c’est du travail. Une fois qu’on la maîtrise, il faut l’entretenir, il faut aimer ce que l’on fait et à partir de là on peut faire pas mal de choses. Donc, effectivement, aujourd’hui j’essaie de diffuser la dictée et j’essaie de partager cela avec un maximum de participants par le divertissement, le jeu, le plaisir, la dérision aussi, mais... en respectant toujours la langue française.
Rachid Santaki, né en 1973 à Saint-Ouen, est journaliste, romancier et scénariste, entrepreneur et organisateur de dictées géantes.
Carrière : éducateur sportif (1995) ; lance 5Styles, magazine gratuit sur les cultures urbaines (2003) ; crée « La dictée des cités », dictée itinérante dans toute la France (2013), crée le label « La Dictée géante» (2018), 1 493 participants au stade de France !
Parmi ses œuvres : La Petite Cité dans la prairie (2008) ; Les anges s’habillent en caillera (2011, Prix des trophées de la nuit 2011); Des chiffres et des litres (2012); Flic ou Caillera (2013); Business dans la cité (2014); La France de demain (2015) ; La Légende du 9-3 (2016); Les Princes du bitume (2017); Laisse pas traîner ton fils (2020); Une dictée peut tout changer (2022); Anissa (2023).
Distinction : Lauréat espoirs de l’économie CCIP [Chambre de commerce et d’industrie Paris] (2006).
Décoration : chevalier de l’ordre national du Mérite.


8 octobre 2025
Julien Soulié, membre de l’équipe d’experts du Projet Voltaire, ancien professeur de lettres classiques, verbicruciste et auteur engagé dans la vulgarisation linguistique, utilise la bande dessinée pour raconter avec humour et pédagogie l’histoire et les curiosités de la langue française, montrant comment ce médium ludique et visuel peut rendre accessible à tous les origines, les évolutions et les subtilités du vocabulaire français.

11 juin 2025
Xavier Mauduit, historien agrégé, docteur en histoire, animateur de radio et de télévision et spécialiste engagé dans la transmission de la langue et de l’histoire françaises, exprime sa passion pour l’exploration quotidienne de la langue — allant du plaisir d’aller « dans les dictionnaires » à la vigilance face aux évolutions modernes comme les réseaux sociaux ou l’intelligence artificielle — tout en soulignant l’importance de l’échange humain et du respect du français dans tous les médias.

11 juin 2025
Jacques Lacroix, professeur agrégé de lettres modernes, docteur ès lettres et spécialiste de la langue gauloise et de ses survivances dans le français, met en lumière l’importance de l’héritage gaulois en montrant que, loin d’être un « substrat pauvre », de nombreux mots d’origine gauloise — notamment liés à l’agriculture, à l’artisanat, aux armes et aux animaux — ont été conservés et ont donné naissance à une riche famille de dérivés dans le français moderne.

28 mars 2025
Bruno Dewaele, agrégé de lettres modernes, écrivain, chroniqueur de langue et champion du monde d’orthographe, partage son expérience de plusieurs décennies à défendre et analyser la langue française à travers ses chroniques dans La Voix du Nord et Lire Magazine.