Parole à nos invités

La dictée pour Rachid Santaki

Rachid Santaki, écrivain, journaliste, organisateur d’ateliers d’écriture et animateur du concept La Dictée Géante, défend avec passion l’exercice de la dictée comme un moyen convivial de démocratiser l’accès à la langue française, de rassembler les publics autour des mots et d’encourager la maîtrise de l’orthographe, en sillonnant la France avec ses dictées — parfois non notées, ouvertes à tous les âges et toutes les classes sociales — pour dédramatiser l’orthographe et faire de cette pratique un moment d’échange et de partage culturel plutôt qu’un simple examen scolaire.
Rédigé par DLF
Publié le 11 mars 202410 min de lecture
La dictée pour Rachid Santaki

Invité d’honneur, le 18 janvier 2024, Rachid Santaki nous a expliqué pour quelles raisons il organise des dictées géantes et nous a communiqué son enthousiasme. Florilège.

La dictée, c’est un prétexte pour se retrouver. Pour quelle raison suscite-t-elle un intérêt de la part de personnes de tous âges et de toutes conditions ? Cela tient à la recherche de la maîtrise des mots. Nous avons cela en nous : pour pouvoir exprimer nos émotions, il faut trouver les mots. Et si l’on dispose de cette maîtrise des mots, de cette fluidité, on parvient à s’exprimer avec facilité. La maîtrise de l’orthographe, c’est l’accès à la culture, c’est l’insertion professionnelle, c’est le lien social. Mais certaines personnes ont parfois des freins qui les empêchent de trouver les mots. Le rapport à l’écrit et à la parole passe par le desserrement de ces freins qui sont souvent liés à la honte : on a honte de faire des fautes. L’orthographe est un marqueur social.

Or la dictée n’est pas un outil d’évaluation ou de culpabilisation. C’est un outil qui nous permet de nous rencontrer. La dictée de Saint-Denis en 2015 était un temps fort qui a réuni plus de 1 000 personnes. Il y a eu la dictée au stade de France, la dictée avec Thomas Pesquet, celle des Champs-Élysées en 2023. J’en organise bientôt également en Tunisie et au Maroc.

Que penser de la réforme de l’orthographe ? Simplifier la langue en prétextant que c’est pour faciliter son usage, c’est renoncer à se défier, à se dépasser. En athlétisme, si on veut courir 400 mètres, va-t-on, sous prétexte de simplification, se limiter à 40 mètres ? Il est important de savoir se dépasser, il est important de maîtriser l’orthographe traditionnelle. Dans l’apprentissage, le levier est de réussir à identifier ses erreurs, ses freins, ses traumatismes, pour se libérer et pouvoir écrire, parler, s’exprimer, ouvrir le champ des possibles.

La langue française est une très belle langue. C’était une langue diplomatique. Dans le monde actuel et notamment depuis l’arrivée d’internet, on veut tout, tout de suite. Dans cette recherche du résultat immédiat, les abréviations ou les anglicismes sont plus séduisants que notre langue traditionnelle. C’est pourquoi il faut rendre accessible l’histoire de la langue française, sans la déformer mais en montrant que cette noblesse, malgré sa complexité, est une de ses valeurs.

Nous pouvons faire la même comparaison avec des jeunes issus de milieux modestes qui admirent les footballeurs, les rappeurs, et qui croient naïvement qu’ils sont parvenus à ce résultat sans travail. Bien évidemment ce n’est pas le cas. Il en est de même pour la langue : la langue, c’est du travail. Une fois qu’on la maîtrise, il faut l’entretenir, il faut aimer ce que l’on fait et à partir de là on peut faire pas mal de choses. Donc, effectivement, aujourd’hui j’essaie de diffuser la dictée et j’essaie de partager cela avec un maximum de participants par le divertissement, le jeu, le plaisir, la dérision aussi, mais... en respectant toujours la langue française.

Rachid Santaki, né en 1973 à Saint-Ouen, est journaliste, romancier et scénariste, entrepreneur et organisateur de dictées géantes.

Carrière : éducateur sportif (1995) ; lance 5Styles, magazine gratuit sur les cultures urbaines (2003) ; crée « La dictée des cités », dictée itinérante dans toute la France (2013), crée le label « La Dictée géante» (2018), 1 493 participants au stade de France !

Parmi ses œuvres : La Petite Cité dans la prairie (2008) ; Les anges s’habillent en caillera (2011, Prix des trophées de la nuit 2011); Des chiffres et des litres (2012); Flic ou Caillera (2013); Business dans la cité (2014); La France de demain (2015) ; La Légende du 9-3 (2016); Les Princes du bitume (2017); Laisse pas traîner ton fils (2020); Une dictée peut tout changer (2022); Anissa (2023).

Distinction : Lauréat espoirs de l’économie CCIP [Chambre de commerce et d’industrie Paris] (2006).

Décoration : chevalier de l’ordre national du Mérite.

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