Parole à nos invités

La langue française pour Yves Pouliquen

Yves Pouliquen, académicien français, ancien professeur et membre de la Commission du dictionnaire de l’Académie française, met en avant dans son allocution l’importance de la vigilance, de la clarté et de l’entretien du français, notamment à travers des initiatives comme la rubrique Dire, ne pas dire qu’il a contribué à faire naître pour éclairer les usages, valoriser la richesse linguistique et encourager de bons emplois des mots face aux évolutions et aux influences contemporaines.
Rédigé par DLF
Publié le 20 octobre 200813 min de lecture
La langue française pour Yves Pouliquen

Le professeur Yves Pouliquen, de l’Académie française, était l’invité d’honneur de notre déjeuner de rentrée, le 21 octobre. Nous le remercions vivement de nous avoir transmis le résumé de sa brillante allocution.

En qualité de membre de la commission du Dictionnaire de l'Académie française, il ne m’est pas indifférent de retrouver la compagnie de ceux qui défendent notre langue, avec toutefois le sentiment que la défendre suppose qu’elle soit moribonde, alors que mon sentiment est qu’elle garde plutôt une vitalité qui demande simplement qu’on l’entretienne et qu’on la favorise. Je profite de l’invitation qui m’est faite de m’en entretenir avec vous et d'en présenter un exemple.

J’anime depuis douze ans une organisation non gouvernementale (ONG) qui se dénomme Organisation pour la prévention de la cécité (OPC). Sa mission est de promouvoir en notre pays, mais aussi dans les pays traditionnellement liés à la France, toutes les actions susceptibles d’empêcher ceux qui sont menacés de cécité de devenir aveugles, que ce soit par des mesures d’hygiène ou, plus précisément, par des décisions médicales ou chirurgicales de prévention et de traitement. En dehors de notre territoire, nous agissons essentiellement dans les États de l’Afrique francophone (Sénégal, Mali, Guinée, Congo, Tchad et République centrafricaine), ceux de l’Asie du Sud-Est (Vietnam et Laos) et les pays de l’Europe de l’Est (Moldavie, Roumanie), où bien naturellement la langue française est l’instrument évident et compétent de notre relation. Il l’est sur tous les plans. Oral, bien sûr, mais aussi écrit, dans la formation des personnels infirmiers et médicaux qui, avec l’accord des gouvernements locaux, bénéficient d’un enseignement basique mais aussi d’une formation continue. Sachant les besoins énormes en personnels médicaux que nécessite l’Afrique, dont je retiens l’exemple et qui a moins d’un ophtalmologiste pour 500 000 habitants, cette formation que l’OPC entretient s’ajoute à celle des États pour combler un retard impressionnant. En ce sens, elle a démontré l’attrait qu’une telle formation suscitait là où nous étions présents, et aussi qu’elle était aussi importante que les actions directement médicales et chirurgicales que nous délivrions auprès de quelques millions de patients. Son exemple a incité les universités françaises à s’engager dans le même processus d’assistance éducative et je voudrais démontrer qu’avec peu de moyens mais une réelle conviction on peut offrir, grâce à notre langue, à ceux qui en ont besoin, l’aide qu’ils réclament. Vous comprendrez qu’il suffit alors de doter les bibliothèques des hôpitaux et des universités francophones des livres de médecine français que nous éditons pour que nos amis, dont c’est la langue pratique, les préfèrent aux livres de langue anglaise de même nature qui leur sont abondamment offerts. C’est ce que l’OPC a fait en ophtalmologie. Savez-vous que désormais, chaque année, plus de 120 ophtalmologistes africains retrouvent, chaque première semaine du mois de mai, la route de Paris pour assister au congrès de la Société française d’ophtalmologie, et ce qui est vrai pour l’Afrique l’est aussi pour les autres pays où le français est en partage. Pour que le français vive, il suffit de le servir. Pour cela, il faut réunir certes quelques moyens, mais surtout partager la conviction que ceux qui le pratiquent attendent de nous qu’on leur offre la possibilité de l’utiliser et d’en étendre les profits. Ce que modestement nous avons tenté de faire.

Yves Pouliquen, de l’Académie française, médecin, chercheur, est né en 1931. Professeur agrégé (1966), professeur ophtalmologiste de l’Hôtel-Dieu (1980), ancien directeur du groupe de recherche ophtalmologique de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm 1986), professeur consultant (1996), professeur honoraire (depuis 1999), président honoraire (depuis 1998) de la Banque française des yeux, président de l’Organisation pour la prévention de la cécité (OPC) (depuis 1997), membre de différentes Académies en France et à l’étranger ; élu à l’Académie française en 2001. Docteur honoris causa de plusieurs universités étrangères, membre du conseil de l’ordre national du Mérite (depuis 2002), président de la fondation Singer Polignac (depuis 2006).

Parmi ses œuvres :

  • Les Lentilles souples (1974) ;

  • L’Herpès de la cornée, précis d’ophtalmologie (1983) ;

  • La Transparence de l’oeil (1992) ;

  • Les Yeux de l’autre (1995) ;

  • Un oculiste au siècle des Lumières, Jacques Daviel, 1693-1762 (1999) ;

  • Le Geste et l’esprit (2003) ;

  • Madame de Sévigné et la médecine du grand siècle (2006) ;

  • Le Médecin et le Dictateur (2008).

Décoration : commandeur de la Légion d’honneur, grand officier de l’ordre national du Mérite, commandeur du Ouissam Alaouite (Maroc).

Nombreuses distinctions françaises et étrangères.

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