Parole à nos invités

Le français pour Bernard Fripiat

Bernard Fripiat, pédagogue de la langue française — chroniqueur radio, romancier, comédien, dramaturge et agrégé d’histoire qui anime depuis des années des stages et des chroniques pour rendre l’orthographe et la langue accessibles avec humour — met en avant dans cet article sa manière unique d’enseigner le français en mêlant rire, exemples historiques et pédagogie ludique pour aider chacun à comprendre, aimer et maîtriser les subtilités du vocabulaire et du système orthographique.
Rédigé par DLF
Publié le 14 octobre 20159 min de lecture
Le français pour Bernard Fripiat

Enseigner par le rire, tel est l’objectif que Bernard Fripiat poursuit avec succès. Chroniqueur à la radio, romancier, comédien et dramaturge, l’invité d’honneur de notre déjeuner d’automne nous a donné un bel aperçu de ses talents d’acteur et d’humoriste en nous présentant son dernier ouvrage*. En voici deux extraits.

43. POURQUOI ÉCRIVONS-NOUS

« AUJOURD’HUI » ?

Pour contrarier ceux qui abhorrent

les pléonasmes !

Au Moyen Âge, l’écriture des sons v et u se confondait. L’habitude était d’écrire v en tête de mot et u à l’intérieur. Dès lors, vi pouvait signifier je vi ou ui, qui désigne le jour. Pour éviter toute confusion, les juristes ajoutent un h à ce dernier (hui) que le latin hodie justifiait.

Cette confusion disparaîtra : « je vis » prend un s et hui n’est plus utilisé.

Néanmoins, il nous en reste une trace dans le mot « aujourd’hui » qui signifie littéralement « au jour du jour ». Vous me direz qu’il s’agit d’un pléonasme aussi intelligent que « monter en haut », « descendre en bas » ou « voire même ». Certes ! Mais il s’agit d'un pléonasme qui a réussi. Pourquoi a-t-il réussi ? Parce que tout le monde l’utilise. Pourquoi tout le monde l’utilise-t-il ? Parce qu’il a réussi...

Vous avez de ces questions, parfois !

89. POURQUOI NE PRONONÇONS-NOUS

PAS LE I DE « OIGNON » ?

Un vestige à faire pleurer !

Les Romains prononçaient le gn de signum comme notre « diagnostic ». Au fil des siècles, la prononciation latine s’est transformée en ni et nous disons « signe ». Naturellement, il n’est pas question d’écrire n, puisque les Romains mettaient gn : l’étymologie l’emporte.

Durant une longue période, on a placé un i avant le gn pour indiquer qu’il fallait prononcer ni, et non gn comme dans « stagner ». C’est ainsi que l’on écrivait montaigne afin d’indiquer qu’il fallait prononcer montagne. D’ailleurs, pour que l’écrivain Montaigne réponde à un appel, il fallait veiller à bien dire montagne. En effet, c’est ainsi qu’il prononçait son patronyme. Certains universitaires continuent d’ailleurs à suivre son exemple. Quand la tradition se mêle au snobisme, l’université exulte !

« Poignet » se prononça longtemps pognet. D’ailleurs, certains grammairiens critiqueront notre manière de le dire qui, pourtant, triomphera. Peu à peu, le i disparut de tous les mots où on ne s’était pas mis à le prononcer. Tous ? Non ! Comme vestige, nous l’avons tout de même gardé dans « oignon ».

* Au commencement était le verbe... Ensuite vint l’orthographe, n° 256, p. 60).

Bernard Fripiat,

Diplôme : agrégé d’histoire (université de Liège).

Carrière :

  • Au milieu des années 1980 vient à Paris pour faire du théâtre et anime, depuis 1994, des stages d’orthographe en entreprise.

  • Créateur d’Orthosketches sur l’internet.

  • Auteur et acteur d’une comédie orthographique (depuis 2013).

  • Chroniqueur sur Europe 1 (depuis 2015).

Parmi ses œuvres :

  • Trucs et astuces pour réussir vos examens et concours (1993),

  • Se réconcilier avec l’orthographe (1997),

  • Comment réussir vos examens ? (2007),

  • On vous casse les pieds avec l’orthographe ? Ripostez (2010),

  • L’Orthographe : 99 trucs pour en rire et la retenir (2013)

  • Au commencement était le verbe... Ensuite vint l’orthographe ! (2015).

Romans :

  • Monstres ordinaires (2002),

  • Le Siècle des Pardase (2000),

  • On peut toujours dire : non ! (2015).

Théâtre :

  • Winston Churchill. La décision qui sauva le Monde (2003),

  • Le Juge et le Ministre et les Killers (2013).

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