Parole à nos invités

Le français pour Chahdortt Djavann

Chahdortt Djavann, écrivaine, essayiste et chroniqueuse connue pour son engagement littéraire et civique autour de la langue, de l’identité et de l’intégration, met en avant dans cet article l’importance du français comme instrument d’émancipation, de pensée critique et de liberté d’expression, en soulignant combien la maîtrise des mots et de leurs nuances permet de résister aux discours simplistes, d’affirmer sa dignité humaine et de participer pleinement à la vie intellectuelle et culturelle.
Rédigé par DLF
Publié le 13 juin 20126 min de lecture
Le français pour Chahdortt Djavann
Chahdortt Djavann

Invitée d’honneur du déjeuner du 14 juin, Chahdortt Djavann a refusé d’être enregistrée, mais nous a promis un texte sur la langue française. En attendant, nous avons choisi un extrait de son dernier ouvrage : Je ne suis pas celle que je suis (Flammarion, 2011, 544 p., 21,40 €).

Elle menait une vie de recluse. Après son travail, elle se réfugiait dans sa chambre qui se trouvait dans le même immeuble. Ses soirées, sans exception, elle les passait en compagnie du Robert. Elle entreprit de le lire d’un bout à l’autre. Elle quittait sa chambre pour habiter le dictionnaire. Travailler les mots, tous les mots. Il y avait des mots récalcitrants, qu’elle ne parvenait pas à dompter, d’autres lui restaient étrangers, avec lesquels le courant ne passait pas ; soit la sonorité lui paraissait incongrue, soit la signification fade ; et enfin, il y en avait qui lui allaient droit au coeur ; dès la première énonciation, dès les premières explications, c’était le coup de foudre. Elle passait la soirée à lire, à relire la colonne, à répéter le mot, à apprendre les phrases des écrivains cités en exemple. Le premier mot dont elle tomba amoureuse se trouvait à la lettre A, à la deuxième page du Robert. Un amour douloureux comme le sont les grandes amours. « Abandon ». « Abandonner », elle l’était, et « Abandonner », elle l’avait fait. Est-ce stupide d’avouer que ce mot la fit pleurer ?

« Abandonner un enfant ». « Ses forces subitement l’abandonnèrent »... Elle avait tout abandonné. Nul besoin des êtres humains, nul besoin des Français pour apprendre le français.

À l’écart de la civilisation, à l’abri des humains, fuyant toute rencontre, évitant la moindre communication, éludant toute forme de vie sociale, faisant abstraction de la ville, seule, avec les mots de son Robert elle se construisait des châteaux.

Chahdortt Djavann est l’auteur de quatre essais :

– Bas les voiles ! (2003) ;

– Que pense Allah de l’Europe ? (2004) ;

– À mon corps défendant, l’Occident (2007) ;

– Ne négociez pas avec le régime iranien (2009) ;

et de cinq romans :

– Je viens d’ailleurs (2002) ;

– Autoportrait de l’autre (2004) ;

– Comment peut-on être français ? (2006) ;

– La Muette (2008) ;

– Je ne suis pas celle que je suis (2011).

Julien Soulié et la bande dessinée

8 octobre 2025

Julien Soulié et la bande dessinée

Julien Soulié, membre de l’équipe d’experts du Projet Voltaire, ancien professeur de lettres classiques, verbicruciste et auteur engagé dans la vulgarisation linguistique, utilise la bande dessinée pour raconter avec humour et pédagogie l’histoire et les curiosités de la langue française, montrant comment ce médium ludique et visuel peut rendre accessible à tous les origines, les évolutions et les subtilités du vocabulaire français.

Parole à nos invités
Le français pour Xavier Mauduit

11 juin 2025

Le français pour Xavier Mauduit

Xavier Mauduit, historien agrégé, docteur en histoire, animateur de radio et de télévision et spécialiste engagé dans la transmission de la langue et de l’histoire françaises, exprime sa passion pour l’exploration quotidienne de la langue — allant du plaisir d’aller « dans les dictionnaires » à la vigilance face aux évolutions modernes comme les réseaux sociaux ou l’intelligence artificielle — tout en soulignant l’importance de l’échange humain et du respect du français dans tous les médias.

Parole à nos invités
L’esprit gaulois pour Jacques Lacroix

11 juin 2025

L’esprit gaulois pour Jacques Lacroix

Jacques Lacroix, professeur agrégé de lettres modernes, docteur ès lettres et spécialiste de la langue gauloise et de ses survivances dans le français, met en lumière l’importance de l’héritage gaulois en montrant que, loin d’être un « substrat pauvre », de nombreux mots d’origine gauloise — notamment liés à l’agriculture, à l’artisanat, aux armes et aux animaux — ont été conservés et ont donné naissance à une riche famille de dérivés dans le français moderne.

Parole à nos invités
Le français pour Bruno Dewaele

28 mars 2025

Le français pour Bruno Dewaele

Bruno Dewaele, agrégé de lettres modernes, écrivain, chroniqueur de langue et champion du monde d’orthographe, partage son expérience de plusieurs décennies à défendre et analyser la langue française à travers ses chroniques dans La Voix du Nord et Lire Magazine.

Parole à nos invités

Rejoignez-nous et défendons ensemble la langue française!