Parole à nos invités

Le français pour François Taillandier

François Taillandier, écrivain français né en 1955, romancier, essayiste et chroniqueur littéraire — ancien professeur de français passé par le journalisme et président de la Société des gens de lettres — montre dans son intervention comment, à travers l’examen d’œuvres comme celle d’Edmond Rostand et ses réflexions sur l’usage et l’avenir de la langue française, il souligne l’importance de la richesse stylistique, la tradition littéraire et l’attention aux mots pour comprendre l’histoire culturelle de la France et entretenir un rapport vivant et profond au français.
Rédigé par DLF
Publié le 17 octobre 201810 min de lecture
Le français pour François Taillandier

D’Edmond Rostand, l’homme qui voulait bien faire, dernier ouvrage de notre invité d’honneur, nous extrayons ces lignes sur Cyrano.

Les traits d’esprit, la fantaisie verbale, les tirades sonores, la belle histoire d’amour : avec cela, on fait un succès de théâtre, lequel d’ailleurs ne s’est jamais démenti. Cyrano plaît dans tous les pays, à tous les publics, à toutes les générations. C’est encore vrai aujourd’hui. Mais la pièce, en son temps, a été d’emblée davantage : un fait de société. Il n’est pas douteux que Rostand, au-delà d'une intrigue bien ficelée et d’une technique dramatique impeccable, a touché quelque chose d’impalpable et de profond dans la France de son époque.

Il faut remonter un peu en arrière. La France humiliée par la défaite de 1870 s’est curieusement référée à deux héros glorieux et vaincus. Le premier est Vercingétorix, dont le culte scolaire est en grande partie l’oeuvre de la IIIe République. De ce personnage dont le rôle historique ne fut pas considérable, elle fait un fondateur mythique, garant de l’unité nationale, qui a en outre, aux yeux des laïcards, l’avantage de n’être pas chrétien comme le devint Clovis.

Le deuxième est Roland, le preux de Roncevaux ; depuis qu’un érudit a retrouvé, dans les années 1820, le manuscrit de la célèbre chanson de geste, les adaptations et traductions se sont multipliées. Roland est le héros de « France la doulce », comme dit le poème, vaincu par traîtrise dans son combat contre les « Sarrasins ». Roland, Rostand... N’y aurait-il pas une superposition inconsciente des deux noms ?

Edmond Rostand, sans le calculer, vient d’offrir à ses compatriotes un autre de ces vaincus magnifiques. Il tend aux Français un miroir où ils aiment à se reconnaître. Le héros bravache, frondeur, qui n’a peur de rien. Qui a toujours l’éloquence et le mot d’esprit aux lèvres – et l’on sait combien la France magnifie sa langue, que Rostand utilise dans toute la gamme de ses richesses. Un bretteur, un soldat courageux et loyal, un peu don-quichottesque, et puis aussi un coeur d'artichaut, qui assume, quitte à en souffrir, l’idéal de l’amour courtois. Un perdant – oui, bien sûr – mais qui gagne par les qualités du coeur, par la noblesse morale, par l’élégance, l’humour et la fierté ; tout ce que Rostand a défini d’un mot, le dernier de la pièce : le « panache ».

François Taillandier, écrivain, né en 1955 à Chamalières (Puy-de-Dôme).

Diplôme : maîtrise de lettres.

Carrière : d’abord professeur, puis écrivain (depuis 1984), collaborateur du Figaro, de L’Atelier du roman, L’Humanité, La Montagne ;

administrateur (2000-06) et président (2006) de la Société des gens de lettres.

Parmi ses nombreuses oeuvres :

  • Personnages de la rue du Couteau (1984) ;

  • Les Clandestins (1990, prix Jean Freustié 1990) ;

  • Les Nuits Racine (1992, prix Roger-Nimier, prix Zola de la Société des gens de lettres) ;

  • Tous les secrets de l’avenir (1996) ;

  • Aragon (1897-1982) (essai, 1997, prix de la critique de l’Académie française 1997) ;

  • Anielka (1999, Grand Prix du roman de l’Académie française 1999) ;

  • N6 (2000) ;

  • Le Cas Gentile (2001) ;

  • Borges, une restitution du monde (essai, 2003) ;

  • La Grande Intrigue : Option paradis (tome 1, 2005), Telling (tome 2, 2006), Il n’y a personne dans les tombes (tome 3, 2007) ;

  • Ce mondelà, dictionnaire personnel de l’époque (2008) ;

  • Ce n’est pas la pire des religions (2009) ;

  • La Langue française au défi (2009) ;

  • Les romans vont où ils veulent (tome 4, 2010) ;

  • Time to turn (tome 5, 2010) ;

  • Le Père Dutourd (2011) ;

  • L’Écriture du monde et C’était le futur (2013) ;

  • La Croix et le croissant (2014) ;

  • Solstice (2015) ;

  • Jésus (2016) ;

  • Edmond Rostand (2018).

Julien Soulié et la bande dessinée

8 octobre 2025

Julien Soulié et la bande dessinée

Julien Soulié, membre de l’équipe d’experts du Projet Voltaire, ancien professeur de lettres classiques, verbicruciste et auteur engagé dans la vulgarisation linguistique, utilise la bande dessinée pour raconter avec humour et pédagogie l’histoire et les curiosités de la langue française, montrant comment ce médium ludique et visuel peut rendre accessible à tous les origines, les évolutions et les subtilités du vocabulaire français.

Parole à nos invités
Le français pour Xavier Mauduit

11 juin 2025

Le français pour Xavier Mauduit

Xavier Mauduit, historien agrégé, docteur en histoire, animateur de radio et de télévision et spécialiste engagé dans la transmission de la langue et de l’histoire françaises, exprime sa passion pour l’exploration quotidienne de la langue — allant du plaisir d’aller « dans les dictionnaires » à la vigilance face aux évolutions modernes comme les réseaux sociaux ou l’intelligence artificielle — tout en soulignant l’importance de l’échange humain et du respect du français dans tous les médias.

Parole à nos invités
L’esprit gaulois pour Jacques Lacroix

11 juin 2025

L’esprit gaulois pour Jacques Lacroix

Jacques Lacroix, professeur agrégé de lettres modernes, docteur ès lettres et spécialiste de la langue gauloise et de ses survivances dans le français, met en lumière l’importance de l’héritage gaulois en montrant que, loin d’être un « substrat pauvre », de nombreux mots d’origine gauloise — notamment liés à l’agriculture, à l’artisanat, aux armes et aux animaux — ont été conservés et ont donné naissance à une riche famille de dérivés dans le français moderne.

Parole à nos invités
Le français pour Bruno Dewaele

28 mars 2025

Le français pour Bruno Dewaele

Bruno Dewaele, agrégé de lettres modernes, écrivain, chroniqueur de langue et champion du monde d’orthographe, partage son expérience de plusieurs décennies à défendre et analyser la langue française à travers ses chroniques dans La Voix du Nord et Lire Magazine.

Parole à nos invités

Rejoignez-nous et défendons ensemble la langue française!