

Quelle langue parlait Jeanne d’Arc ? L’avez-vous remarqué ? Dans les films les plus élaborés, historiques ou romancés, la question de la langue se pose rarement. Les Romains casqués conversent avec des Slaves ou des Africains dans le meilleur anglais d’Hollywood, les cow-boys discutent sans problème avec les Indiens, quant aux aliens, en VO ou en VF, ils dégainent toujours in extremis une machine magique qui permet de les comprendre ! Dans les pages des livres d’histoire, les non-dits sont les-mêmes...
Qui souligne que Charlemagne pratiquait quotidiennement l’allemand, que Richard Coeur de Lion, roi d’Angleterre, ne parlait pas un mot d’anglais, que Napoléon III maniait plus aisément le swytzerdütsch, le suisse allemand, que le français ?
Et Jeanne d’Arc ? Dans la chronique, elle s’adresse à tous avec naturel, et chacun a l’air de la comprendre facilement... Pourtant, elle semble bien avoir eu au moins un fort accent de l’Est.
Le 16 mars 1430, elle a dicté une lettre adressée aux habitants de Reims : Je vous mandesse anquores augunes nouvelles de quoy vous seriés bien choyaux. « Je vous enverrai une nouvelle dont vous serez bien choyaux. » À la volée, sous la dictée, le secrétaire a écrit cboyaux. Puis il a réfléchi, a biffé le mot, et a noté « joyeux », ce que Jeanne avait vraiment voulu dire, mais avec son accent...
Plus tard, lors de son procès, alors qu’elle déclinait son nom, « d’Arc », le greffier a noté « Tarc »... Là encore, l’accent de la Pucelle prêtait à confusion.
Pourtant, même avec une prononciation venue de Lorraine, il semble qu’elle parlait bel et bien le français, plus exactement le dialecte champenois. En effet, Domrémy, son village, était divisé en deux par le ruisseau des Trois-Fontaines. Du côté est, rive droite, c’était le Barrois, où l’on s’exprimait en lorrain, mais du côté ouest, rive gauche, où se dressait la maison natale de Jeanne, on se trouvait dans le comté de Champagne. Et l’on y parlait le champenois, très proche du parler d’Île-de-France. Coup de chance ! Jeanne serait née sur l’autre rive du cours d’eau, sa mission aurait été compromise : elle aurait eu beaucoup de mal à se faire comprendre du roi et de sa cour.
* Michel Lafon, 2018, 200 pages, 18,95 € (p. 257 et 258).
Lorànt Deutsch, comédien et écrivain, né en 1975 à Alençon.,
Études : philosophie, ainsi que langue et civilisation hongroises, à la Sorbonne.
Diplôme : licence de philosophie.
Carrière :
en 1990, au Québec, 52 épisodes d’une série de télévision franco-québécoise : Les Intrépides.
De 1998 à 2013, acteur, au théâtre Amadeus, de Peter Shaffer;
L’Importance d’être Constant, d’Oscar Wilde;
Victor ou les Enfants au pouvoir, de Vitrac;
Le Dindon, de Feydeau...;
et au cinéma Jean de La Fontaine, le défi, de Daniel Vigne;
Les Amants du Flore [téléfilm];
L’Anniversaire, d’Harold Pinter (premier rôle);
Tu seras mon fils, de Gilles Legrand...
Œuvres :
Métronome : l’histoire de France au rythme du métro parisien, en collaboration avec Emmanuel Haymann (2009);
Hexagone (2013);
Métronome 2. Paris intime au fil de ses rues (2016);
Romanesque. La folle aventure de la langue française (2018).
Distinction :Étoile d'or de la révélation masculine 2003 ;
prix Jean-Gabin 2004.
Décorations :chevalier des Arts et des Lettres (2010).
(D’après Wikipédia.)


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