

Une tradition de plus de 450 ans
Les bouquinistes sont un rouage essentiel dans l’histoire de la lecture francophone depuis le XVIe siècle : des colporteurs, « commerçants à la boutique portable », parcourent les rives de la Seine, portant leur boîte munie de lanières qu’ils enfilent autour du cou. Ils vendent à la criée almanachs en vogue, chansonnettes coquines, pamphlets, livres de l’interdit imprimés à l’étranger qu’ils se procurent lors d’arrivages par bateaux sur la Seine...
Censuré, souvent expulsé, pourchassé, qualifié de « distributeur de paroles pas toujours bonnes », de « receleur de livres qui ne font pas rire tout le monde », l’ancêtre du bouquiniste résiste...
Lorsque la boîte devient trop lourde, il la pose sur le parapet des quais pour se reposer.
Des siècles plus tard, on lui permet de « stationner » sur les quais du lever au coucher du soleil. Le mot bouquiniste apparaît pour la première fois dans le Dictionnaire universel de commerce de Jacques Savary en 1723. Il sera par la suite immortalisé par l’Académie française. Le « colporteur sujet du roi » devient « citoyen bouquiniste » en 1791.
Un siècle plus tard, de lourdes boîtes, recouvertes de zinc, seront fixées de jour comme de nuit à la pierre des parapets de la Seine, pour toujours... Leur gabarit augmente puisqu’elles n’ont plus besoin d’être transportées matin et soir. Elles sont maintenant ancrées aux parapets de la Seine, boulonnées de chaque côté... Le nouveau métier est né officiellement. 200 bouquinistes longeront les bords de Seine lors de l’exposition universelle de 1900. Les quais de Paris sont ainsi transformés en un phénomène historique de foisonnement de livres en plein air, unique au monde.
Si les bouquinistes ont résisté à plusieurs siècles d’épreuves en tous genres, c’est bien parce qu’ils ont quelque chose d’inestimable à transmettre : un patrimoine de livres « éternels », des moments cruciaux reliés à l’histoire de Paris, des souvenirs, des valeurs universelles, souvent originales, la possibilité d’une lecture buissonnière...
« J’ai commencé à m’intéresser aux bouquinistes à un âge très tendre, 14 ans, quand j’étais au lycée Janson-de-Sailly. Je me souviens du premier livre que j’ai acheté. Ce sont les Mémoires de Beaumarchais que j’ai eus pour 1 franc... », déclarait Jean Dutourd de l’Académie française, président d’honneur de l’Association des bouquinistes de Paris, président de DLF pendant vingt ans.
Les bouquinistes reflètent autant les témoins de leur temps que les témoins de l’histoire et du monde dont ils insufflent l’esprit, au cœur des monuments de Paris, des flots, des arbres, et des reliures de cuir qui embaument dans la brise...
* Quais des livres. Les bouquinistes des quais de Paris, un destin, une histoire... des bords de Seine au Saint-Laurent (Éditions Unicité, 2024, préface de Jean Pruvost, 156 p., 18 €).
De nationalités française et canadienne, Hélène Tirole s’installe au Québec de 1974 à 2008.
Elle sera chargée de cours à l’université de Montréal puis de Sherbrooke, recherchiste et scénariste pour des documentaires télévisés, chroniqueuse radiophonique et créatrice d’évènements culturels.
À l’occasion du 350e anniversaire de Montréal, elle crée Les Bouquinistes du Saint-Laurent, inspirés des Bouquinistes des bords de Seine, dont elle mène les destinées durant dix-sept ans.
De retour à Paris en 2008, elle est chargée par la Ville de Paris d’une mission d’étude et de diagnostic de la situation des bouquinistes, et elle fonde l’association Le Mot dans tous ses Arts dont elle anime des rencontres littéraires à bord de la péniche La Balle-au-bond, par devant les Bouquinistes.
Titulaire d’une maîtrise de droit, Hélène Tirole est médaillée de l’Assemblée nationale du Québec et chevalier des Arts et des Lettres (France).
Œuvres : Lire autrement.
Un art de lire plus vite et mieux (2018),
L’impertinence du mot [avec Jean-Pierre Léonidas] (2018)
Quais des livres... (voir ci-dessus).


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